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IVG (Le Monde Novembre 2007)

Stéphane Clerget, psychiatre et pédopsychiatre
"Une grossesse interrompue peut avoir des répercussions sur le prochain enfant"
LE MONDE | 27.11.07 | 15h00  •  Mis à jour le 27.11.07 | 15h00
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Vous venez de publier un livre sur les répercussions psychologiques des interruptions de grossesse, volontaires comme les IVG ou involontaires comme les fausses couches. Pourquoi ce travail ?

Certaines femmes peuvent encore souffrir dix ans après la perte de leur foetus. Ces traumatismes ne sont pas pris en considération, ou très peu, par l'entourage, la société, et la douleur peut s'enkyster.


Mais si on évoque les conséquences psychologiques des IVG, on risque de devenir suspect de soutenir les mouvements anti-avortements. Par ailleurs, on ne plaint pas une femme qui a fait une IVG parce qu'on considère qu'elle l'a voulue. On parle peu également des interruptions de grossesse non désirées qu'elles soient médicales ou qu'il s'agisse de fausses couches. Les médecins ont tendance à évacuer le sujet en expliquant à leurs patientes que "c'est la sélection naturelle", que "c'est mieux comme ça", qu'"il faut vite refaire" un bébé. Aujourd'hui, dans une société où l'on maîtrise la procréation, les femmes qui subissent ces pertes peuvent en éprouver de la honte, le vivre comme un échec personnel ou en concevoir beaucoup de culpabilité en pensant qu'elles ont été trop actives, qu'elles n'ont pas pris toutes les précautions.

Vous expliquez que les enfants également peuvent en être affectés...

Un deuil non fait peut être inoculé à son enfant. Plus ils sont jeunes, plus les enfants sont réceptifs à la douleur de leur mère. Ils expriment alors de la tristesse, des troubles du sommeil, ou encore de l'irritabilité, de l'agitation, de l'hyperactivité... Ce sont autant de façons de lutter contre le repli de leur mère. Ils peuvent également éprouver un sentiment de culpabilité pour avoir désiré la disparition d'un rival annoncé. Certains petits peuvent imaginer que le foetus mort a été digéré par leur mère. Ils peuvent alors craindre d'être à leur tour dévorés et par conséquent prendre de la distance vis-à-vis de leur mère. Il faut parler aux enfants de la fausse couche, leur dire que le foetus "n'a pas voulu naître" pour les déculpabiliser.

Une grossesse interrompue peut aussi avoir des répercussions sur le prochain enfant. La femme enceinte peut se retenir de trop investir le futur nouveau-né afin d'anticiper une éventuelle perte. Si la mère n'a pas fait le deuil de l'enfant idéal qu'elle portait, elle peut considérer inconsciemment celui qui le suit comme un enfant de remplacement qui se doit d'être à la hauteur d'un être idéalisé, donc sans défaut.

Que préconisez-vous pour aider les mères ?

Il faut légitimer la douleur morale liée à la perte du foetus. Dans le cas de fausses couches tardives, de mort in utero, ou d'interruptions médicales de grossesse à partir de 5 mois, il est possible d'inscrire l'être à l'état civil ou sur le livret de famille. Mais il reste à mettre en place des rituels laïques ou religieux pour ceux qui le souhaitent. Dans le cas de fausses couches plus précoces, il faut aider la mère à se détacher de son enfant perdu en lui proposant systématiquement une consultation psychologique. Je pense à la violence que vivent des femmes qui ont perdu leur foetus en allant aux toilettes. C'est une douleur inaudible et indicible pour beaucoup qui peut justifier une prise en charge spécialisée.

"Quel âge aurait-il aujourd'hui ?" de Stéphane Clerget (Fayard, 307 p., 19 €).
Propos recueillis par Martine Laronche
Article paru dans l'édition du 28.11.07.

 

Réaction des lecteurs:

 


 


mireille u.
28.11.07 | 08h42
Oui, il faut insister sur la douleur et le deuil non compris, non soutenu par l'entourage et la société des femmes qui ont perdu un enfant in utero, même lorsqu'elles ont choisi l'IVG. En juillet dernier, l'une de mes petites cousines s'est suicidée après une IVG fortement "conseillée" par sa mère qui lui démontrait les problèmes infinis que susciteraient un 3e enfant. J'ai soutenu le MLF, j'ai applaudi à la loi Veil mais ceci n'exclut pas le suivi psychologique des femmes qui perdent un enfant.

Marion B.
27.11.07 | 23h13
Merci pour cet article qui aborde un sujet difficile en raison des nombreux lobbying anti-avortement et de la crainte de ceux-ci ; mais aussi en raison de l'ignorance totale de la douleur et de l'absence d'accompagnement lors de ce type de choix (qui même s'il est volontaire reste très dur et douloureux pour certaines).

D H.
27.11.07 | 23h05
Toute douleur entendue fait moins de dégats quelle qu'elle soit.Alors abstenons nous de juger de la validité de telle ou telle douleur.Il y aurait donc les bonnes douleurs et les mauvaises? Les douleurs acceptables pour "la cause" et celles que l'on ne saurait entendre? L'inhumanité commence par ce genre de jugement!

Blabla
27.11.07 | 22h47
Encore de l'importation de compassionnel in utero.Saint Augustin ne cessait de rappeler que nous sommes nés dans la fèce et l'urine. Ce monsieur pratique la même charité dans ses diagnostics.Or, le ventre des femmes est d'abord un lieu politique.Voilà ce que ce psy devrait expliquer à ses patientes.Et leur conseiller de lire Sloterdijk ou Beauvoir.C'est ça qui leur changerait vraiment les idées. Non au catéchisme sournois ou ignare dont les médecins souvent se font les véhicules.

Isa
27.11.07 | 22h20
Enfin on commence a parler de choses humaines! Cet article ne concerne pas uniquement les IVG souhaitées. Il ne légitime pas ceux qui s'opposent à l'avortement. Il parle des femmes et de ce qu'elles vivent concrètement, pour faire avancer plus loin les choses et prendre en compte la souffrance, aider... Au contraire, on commence enfin à sortir des clichés.

F. S
27.11.07 | 20h42
Cette article est dangereux car il légitime celles et ceux qui s'opposent à l'avortement. De plus beaucoup de femmes ne souffrent pas de se faire avorter mais sont au contraire heureuses et soulagées de pouvoir interrompre une grossesse non désirée. Enfin, cet article est très sexiste, il ne parle absolument pas du père, comme si la venue d'un enfant ou pas ne le concernait pas.Rien de nouveau sous le soleil, toujours les mêmes représentations archaïques de la maternité et de la paternité.

Luiz P.
27.11.07 | 20h16
C'est une lapalissade ? Nous pourrions dire "Une grossesse menée à terme a, elle aussi, des répercussions sur le prochain enfant". Accoucher aussi implique un deuil. La mère souffre aussi quand elle accouche. Et ainsi de suite. Il vaudrait mieux être plus précis : "Une grossesse interrompue contre l'avis de la mère a des répercussions, etc..." Mais il y a d'autres possibilités: "Un accouchement non désiré peut avoir des répercussions..."

Virginie K.
27.11.07 | 17h45
Merci de parler aussi justement de cette douleur et de contribuer a ce qu'elle soit mieux prise en compte et comprise d'une maniere generale.


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