J’ai un fils trisomique de 21 ans que j’aime tendrement mais dont le raisonnement spécifique m’a longtemps déconcerté et mortifié. Pendant de longues années, à ma question rituelle « Au dessert, veux-tu une pomme ou un yaourt ? », il répondait impavide : « Pomme yaourt ! ».
J’ai souvent observé qu’il y a dans le raisonnement intégriste ce genre d’induration mentale, une sorte d’obsessionite, de vitrification psychique, de raideur faite à la fois de droit divin et d’intolérance humaine, comme ces colles très spéciales qui font appel à deux composants, ce qui leur confère de la solidité mais empêche toute élasticité. La pensée intégriste, tout d’un bloc, apparemment sans faille, en est comme illuminée et pétrifiée de l’intérieur. J’ajoute qu’elle est imperméable à l’humour, même à dose homéopathique. La devise de ces Purs : « Non possumus ! » Et ils sont sincères ! Comme mon fils Romain, ils ne peuvent pas. (Lui par contre a beaucoup d’humour.)
J’en conclus que si leurs choix de vie sont sans aucun doute aussi héroïques qu’infiniment respectables, tout dialogue avec eux est voué à l’échec non seulement sur les blogs ou autres chatsmais aussi dans les tentatives de l’Institution catholique pour les amadouer et les faire rentrer dans son giron. La meilleure bonne volonté, la patience la plus éprouvée, la diplomatie la plus déliée, le sens pastoral le plus affiné, le plus « évangélique » seront laminés, se briseront contre le noyau dur indissoluble de leur Vérité révélée et indurée. Ils la nommeront invariablement « foi catholique authentique » alors que leurs contradicteurs épuisés ou bernés seront amenés à diagnostiquer le caractéristique et paralysant «blocage fondamentaliste ». D'où un combat d'arrière-garde aussi épuisant qu'inopérant, et qui le deviendra de plus en plus vu le contexte après la dernière bourde, pour ne pas dire la dernière bassesse de Benoît XVI à propos de ce prélat négationniste accueilli à bras ouverts dans la communion de l’Eglise.
En guise de conclusion, puisque le latin a pour ces inflexibles tant de charmes, sans tenter ici de les séduire ni de les adoucir ni de les divertir, je préfère à leur “ Non possumus ” la formule de l’évêque d’Hippone (que je ne porte pourtant pas dans mon cœur) : “ Ama et fac quod vis. ” qui se traduit - Vatican II oblige - « Aime et fais ce que tu veux ! » Rien à voir avec « Crois et tais-toi » ou pire « Crois et abêtis-toi ! » Amour et Vérité seraient-ils donc à ce point incompatibles ? Je parle d’abord de l’amour de soi qui ne peut guère s’épanouir ni s’ouvrir au monde et aux autres lorsque cet attachement à "la" Vérité révélée est à ce point régressif, cadenassé et sacralisé.
Mais au fait, ami(e) internaute, le matin au petit déjeuner, c’est thé ou café ?
http://www.lemonde.fr/opinions/chronique/2009/02/15/ces-tradis-trisocomiques_1155600_3232.html